L’atelier mécanique des anciens chantiers navals de La Seyne-sur-Mer (Var, Provence) représente le dernier vestige d’un patrimoine industriel exceptionnel. Cet immense bâtiment de 10 000 m² composé de trois nefs, aussi connu comme atelier des turbines, a été le cœur battant de la construction navale méditerranéenne pendant plus d’un siècle.
Entre les années 1940 et 1989, entre 350 et 600 ouvriers qualifiés — ajusteurs, fraiseurs, tourneur, traceurs, ailetteurs — y travaillaient en 2×8 ou 2×12 heures, fabricant des turbines de propulsion navale, des ailettes pour les porte-avions Foch et Clemenceau, des pièces pour sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, et des véhicules blindés AMX. Ce savoir-faire d’excellence, combinant précision au centième de millimètre et adaptabilité technologique, faisait la réputation internationale des chantiers CNIM.
Les témoignages recueillis par l’association Histoire et Patrimoine Seynois (HPS) révèlent une culture ouvrière riche : solidarité d’équipe, fierté du métier, conditions de travail difficiles (bruit, amiante, accidents mortels), mais aussi vie syndicale intense autour de la CGT et activités culturelles remarquables.
Fermés définitivement en 1989, les chantiers ont laissé un vide économique et humain profond dans la ville. Depuis 2006, associations, architectes et citoyens militent pour la réhabilitation de l’atelier mécanique en lieu culturel vivant — musée naval, médiathèque, auditorium — sur le modèle de la Friche de la Belle de Mai à Marseille.
Aujourd’hui classé patrimoine industriel, l’atelier mécanique de La Seyne-sur-Mer incarne la mémoire ouvrière provençale et représente une opportunité unique de reconversion urbaine et culturelle pour le littoral varois.



