Une enquête sur la fin des chantiers navals à La Seyne-sur-mer
La fermeture des chantiers navals de La Seyne-sur-Mer, entre 1981 et 1989, représente l’un des traumatismes industriels majeurs de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette enquête menée en 2001 par l’association Histoire et Patrimoine Seynois recueille les témoignages de 130 anciens travailleurs de la NORMED — ouvriers, techniciens, dessinateurs et ingénieurs — pour répondre à une question centrale : que sont devenus les hommes et les femmes des chantiers ?
Un bassin d’emploi dévasté
Plus de 12 000 salariés directs et indirects ont été touchés par la disparition progressive du site. La majorité des personnes interrogées (71 %) avaient entre 30 et 50 ans au moment de leur départ, en pleine vie active. Quatre options leur étaient proposées : indemnité de licenciement, reconversion/formation, réemploi, ou préretraite.
Des reconversions difficiles et inégales
Les travailleurs ayant opté pour la reconversion ont retrouvé un emploi équivalent dans seulement 60 % des cas, souvent avec une perte salariale significative. Les ouvriers, sous-représentés dans l’enquête, ont été les plus fragilisés — alternant chômage, emplois précaires et reconversions subies. Les ingénieurs et cadres, plus mobiles, ont globalement mieux traversé la crise.
Un impact humain et social durable
44 % des répondants estiment que la fermeture a affecté leur santé, notamment par la dépression. Les liens sociaux et familiaux ont résisté pour certains, mais des ruptures conjugales, des suicides et une forte montée de l’amertume témoignent d’un traumatisme collectif profond.
Une identité ouvrière inoubliable
Ce qui ressort avant tout, c’est la fierté d’avoir appartenu à un chantier reconnu pour son innovation technique et son esprit d’équipe unique. La sirène des chantiers, symbole de toute une ville, reste gravée dans les mémoires. La Seyne-sur-Mer n’a jamais tout à fait cicatrisé cette blessure industrielle.



