L’École des Apprentis des Chantiers Navals de La Seyne-sur-Mer : Une Formation d’Exception (1950–1980)

Être apprenti aux chantiers navals de La Seyne-sur-Mer, était-ce une chance ? Pour des centaines de jeunes garçons de la région toulonnaise, la réponse est oui, à condition de saisir l’opportunité.

Une institution ancrée dans le tissu industriel méditerranéen

Depuis les années 1920, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM), devenues CNIM en 1966, ont formé leurs futurs ouvriers au sein d’une école d’apprentissage interne. Chaque année, entre 90 et 300 jeunes gens âgés de 14 à 16 ans se présentent au concours de recrutement. Environ 50 intègrent une promotion, pour une formation de trois ans alliant technique, théorie et développement personnel.

Un profil d’apprentis ancré dans la classe ouvrière

L’analyse des 2 000 fiches administratives conservées aux archives départementales du Var dresse un portrait précis : les apprentis sont majoritairement originaires de La Seyne-sur-Mer, Saint-Mandrier et Toulon, issus de familles ouvrières dont les pères travaillent à l’Arsenal, aux chantiers ou dans des entreprises privées. Leur niveau scolaire varie — du certificat d’études au brevet — et leurs motivations sont multiples : tradition familiale, refus du lycée classique, recherche de sécurité de l’emploi, ou simplement manque de moyens financiers pour poursuivre des études générales.

Une formation technique complète et progressive

La première année est généraliste : chaudronnerie, ajustage, tournage, soudure, tuyauterie, électricité. Les deux années suivantes permettent une spécialisation choisie selon les résultats et les aptitudes. Les meilleurs optent pour l’électricité ou l’ajustage mécanique ; d’autres se dirigent vers la soudure ou la chaudronnerie. À l’issue des trois ans, les apprentis passent le **CAP (Certificat d’Aptitude Professionnelle)**, avec des taux de réussite proches de 100 % — une fierté affichée face aux établissements publics mieux dotés.

Des moniteurs issus du monde ouvrier, piliers de la transmission

Les apprentis gardent un souvenir fort de leurs moniteurs, anciens ouvriers qualifiés reconvertis dans l’enseignement. Exigeants, proches de leurs élèves, ces formateurs transmettent non seulement des savoir-faire techniques mais aussi des valeurs : rigueur, solidarité, fierté du travail bien fait. Plusieurs témoignages soulignent que ces hommes ont redonné confiance à des jeunes en difficulté scolaire, les orientant vers de belles trajectoires professionnelles.

Une vie d’apprenti riche au-delà des ateliers

Le comité d’entreprise joue un rôle essentiel en proposant aux apprentis des activités sportives (football, volley-ball, judo, équitation, ski) et culturelles le mercredi après-midi et pendant les vacances. Des séjours à Tarascon-sur-Ariège l’été, à Allos ou Varneige l’hiver, renforcent la cohésion de groupe et offrent des expériences de vie inoubliables.

Un héritage mémoriel précieux

Cette brochure, issue d’une exposition organisée à la Maison du Patrimoine de La Seyne-sur-Mer en janvier 2018 par les associations HPS et CRCN, constitue un témoignage irremplaçable sur l’apprentissage industriel méditerranéen. Elle rappelle que ces écoles d’entreprise, aujourd’hui disparues, ont façonné des générations de travailleurs qualifiés et des hommes accomplis — une leçon toujours d’actualité dans le débat sur la formation professionnelle en France.

*Sources : Brochure « L’École des Apprentis des Chantiers Navals » — HPS Histoire et Patrimoine Seynois / CRCN Centre de Ressources pour la Construction Navale, La Seyne-sur-Mer, 2018.*

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